Voir aussi : [Renaissance de l’hydraviation française]

En août 1943, 16 hydravions amphibies Supermarine "Walrus" sont cédés par les Britanniques du squadron 700 d’Alger et du détachement de Gibraltar. Certains sont équipés de radar ASV. Après les aléas de l’entraînement initial (6 accidents) la 4S est armée de 12 appareils qui peuvent commencer à assurer la protection des convois longeant la côte algérienne. Un détachement est formé à Lartigues sous les ordres du LV GRAVRAND.

12 septembre : Début du débarquement des troupes françaises en Corse.

1 novembre : Séparation de la 4S (Walrus) et de la 2S (Laté 298), dont le LV PETESCH reçoit le commandement. Les deux escadrilles forment la Flottille 5F, commandée par le CC KERVELLA.

Le 23 novembre, le premier avion français à se poser à Ajaccio-ASPRETTO est un Loire 130 venu d’ Arzew, précédant les Walrus de la 4S.

6 décembre : Un premier groupe de 6 Walrus arrive en Corse. La 4S est la première formation de l’Aéronautique Navale à se réinstaller sur la première base libérée, alors que la France est encore entièrement occupée par les Allemands. Le personnel d’entretien suit par voie de mer. L’équipage comprend une cinquantaine d’hommes. Le matériel roulant est fourni sur place par les Anglais. Les premiers rechanges nécessaires doivent arriver par voie aérienne, le reste suivant par bateau. L’escadrille est placée pour emploi sous les ordres du Coastal Command américain, mais dépend des autorités britanniques pour la maintenance (90 FASP).

Le LV SALEUN, commandant la 4S, décrit en ces termes la Base Aéronavale d’ Aspretto :
"La BAN Aspretto a été désarmée le 20 août 1940. Elle mène jusqu’en 1942 une existence paisible, dévouée à la culture maraîchère sur 10.000 m2 de son sol. Les seules demandes d’approvisionnement sont celles de 3 m3 mensuels de fumier et de semences de pommes de terre. A part 2 Loire 130 venus de Karouba en janvier, puis en juillet, le seul vol signalé est celui de raisins dans la vigne d’Aspretto. Occupée par les Italiens, elle est libérée le 30 septembre 43. Il restait sur la base environ 150 Italiens (devenus alliés !!) constituant le personnel de deux escadrilles. Ils partent le 10 octobre en laissant la base dans un remarquable état de saleté."

La Marine en Corse a elle aussi ses avions : 2 Loire 130 et un Taylorcraft (envoyé en caisse et monté sur place) assurant les liaisons et le sauvetage en mer. Ces appareils sont sous les ordres du LV GUILLAUME, mais ils sont entretenus et souvent armés par du personnel de la 4S. [une mission des Loire 130]. Le Taylorcraft s’avère extrémement utile pour les déplacements dans l’île, presque exclusivement à la recherche d’approvisionnement et de pièces de rechange. En effet, l’escadrille n’en reçoit que très peu. Les mécaniciens et les arrimeurs doivent se débrouiller pour faire voler les appareils et rouler les véhicules disparates récupérés sur place.

Le 2 février 1944, le Walrus 4S-3 (Z1808) est détruit par la tempête dans un mouillage de la côte de Sardaigne. L’équipage est sauf.
Au cours d’un vol de nuit, l’appareil (chef de bord ) fait un amerrissage forcé à la suite d’une panne de moteur. La mer est houleuse (1 mètre de creux). Une vedette de la R.A.F. capte ses appels radio et vient le prendre en remorque jusqu’à Pote Conte. Avec l’aide des anglais et des italiens, l’appareil est échoué sur la plage et amarré à des piquets. Les avaries ne sont pas trop graves. Mais le vent fraîchit. Le lendemain, il atteint force 9 avec des rafales à 130 km/h. Les piquets d’amarrage sont arrchés et le Walrus, déplacé de 20 mètres, est sérieusement endommagé. Il ne reste plus qu’à organiser la récupération des débris et leur transport jusqu’à Alghero. (Hubert Juet)

Le 12 février à 11 h 50, un Walrus (chef de bord ) grenade des bulles suspectes dans le voisinage du Cap Corse. Les vedettes de port VP1 et VP7 du port de Bastia sont envoyées sur les lieux et grenadent la même position quatre heures plus tard. Les contacts ASDIC obtenus semblent indiquer la présence d’une épave à l’endroit du grenadage.

Le 14 février à 10 h 10, un autre Walrus attaque à la grenade un sous-marin présumé dans la bouche de Bonifaccio. Un deuxième appareil se porte sur les lieux jusqu’à l’arrivée des vedettes britanniques de La Magdalena, qui ont pris la chasse à leur compte.

Le 18 février, le reste de l’escadrille (6 Walrus) rallie Aspretto.

La 4S dépend alors du Coastal Command de Bastia et détache des groupes d’avions à Bastia et Alghero. Elle est chargée de patrouilles ASM, d’escorte de convois, d’air-sea rescue et de recherche de mines. En face, les Allemands sont armés de Heinkel 177 et Dornier 217 qui lancent des bombes planantes.

Le 21 février, le Walrus de l’Aspirant BERNARD se perd sur les côtes de Sardaigne [ récit du CV Saleun]. Cet accident est sans doute dû à la défaillance de l’équipement radio. Le commandant de la 4S signale que "la station d’Alghero n’est d’aucun secours pour les Walrus opérant au large par nuit non lunaire. Le montage d’un poste de phonie à très haute fréquence semblable à celui qui équipe les chasseurs est à l’étude, le débarquement de la mitrailleuse du poste avant (inutilisable) compensant l’augmentation du poids du poste. L’emploi des Walrus par nuit noire ne peut être poursuivi, tant que ces appareils ne sont pas équipés de ce poste leur permettant de recevoir leur position et leur route de retour à la base."

La Marine Française cohabite à Aspretto avec les Américains qui y ont installé un état-major et son bataillon de protection, ainsi que le 1st Emergency Air-Sea Rescue de l’USAF équipé de Catalina et les Anglais du 1st Landing Craft Assault. L’activité du port est intense. Les entrées et sorties de bâtiments et hydravions sont rigoureusement réglementée pour éviter les collisions. Le terrain de Campo dell’Oro est également plein : la 1ère Escadre de Chasse de l’Armée de l’Air s’y trouve avec ses Spitfires. 6FE, 8FE, 7FE y passent. Pas mal de liaisons figurent dans le journal des vols en "liaison Campo-Aspretto" : 0.2 de vol avec départ sur piste et arrivée sur l’eau : la navigation est facile.

L’approvisionnement doit venir de Gibraltar. Il est lent et arrive au compte-gouttes : moteurs, cellules, cigarettes, bières et lames de rasoir.

"La 4S vole, et vole même dur" : du 15 septembre 43 au 15 mars 44, elle a effectué 445 heures de vol dont 58 h 50 de nuit en 139 missions pour les 13 appareils qui sont basée en Corse.      

Une section d’entraînement fonctionne à Tafaraoui (Oran) et quelques appareils rattachés administrativement à la 4S opèrent à partir de La Senia (Oran).

Le personnel de la flottille est logé en campement volant à Aspretto. A Alghero, où sont détachés en permanence 6 appareils, les conditions de logement sont bonnes sauf pour les officiers qui sont logés en tentes. Ce détachement effectue 282 h 50 de vol jusqu’au 15 juin 1944.